Est-ce que la prochaine superstar canadienne de la musique pourrait venir de l’Alberta? Ce qui pourrait avoir semblé très improbable il n’y a pas si longtemps pourrait bien se produire si on se fie à la musique que nous proposent Mouraine, 80 purppp, EB3N et Avenoir. Tous ces artistes proposent un répertoire de R&B et de hip-hop qui fait des cagues bien au-delà de l’Ouest canadien.

Toute cette vague de nouvelle musique n’aurait peut-être jamais eu lieu, n’eût été l’année 2020. Sans exception, chacun de ces membres de la SOCAN affirme que la pandémie de COVID-19 a été un moment charnière où l’isolement est devenu l’espace nécessaire pour expérimenter créativement et faire de la musique le chemin sur lequel ils souhaitaient désormais voyager. Aujourd’hui, chacun d’eux partage le même objectif : mettre l’Alberta sur la carte de la planète R & B/hip-hop, au Canada comme à l’étranger.

 

Mouraine

Mouraine, Sick of Your Love, video

Sélectionnez l’image pour faire jouer la vidéo YouTube de la chanson Sick of Your Love de Mouraine

Né au Soudan, Mouraine était encore tout jeune quand il est arrivé en Alberta après un bref séjour en Égypte. Dans un nouveau pays, avec une nouvelle langue, le hip-hop a été un pont entre lui, ses pairs et la communauté. « J’ai commencé à écrire [des paroles de chansons] quand mes compétences en anglais se sont améliorées. J’aimais ça et j’aimais comment cette musique me faisait sentir. Je me suis dit que j’allais essayer de créer quelque chose de semblable et d’explorer comment je peux m’exprimer à travers cette musique », raconte l’artiste.

Après une décennie à écrire et performer, c’est durant la pandémie qu’il a trouvé sa direction. « Avant, j’étais occupé à donner des spectacles et à bâtir ma carrière, mais je n’avais pas de sens de direction musicalement ou personnellement », avoue Mouraine. « Pendant la pandémie, si horrible que c’était, j’ai eu une pause de reste du monde. Je n’avais pas la pression de me présenter à une autre performance, à un autre spectacle. »

Cette période de réflexion imposée a permis à Mouraine de réaliser qu’il ne poursuivait pas les bons objectifs. « J’avais la fièvre de l’or, du matérialisme, de la gloire, de l’argent et des voitures », admet-il. « Je voulais toutes les récompenses et tout le succès, mais quand est arrivée cette pause, j’ai posé mon regard sur la situation et je me suis dit « Attends un peu! Je suis dans une position très privilégiée, alors pourquoi est-ce que je m’en fais comme ça? Je suis ici, en vie, j’ai une famille et je suis entouré d’amour. Je suis capable de gagner ma vie et de poursuivre mes rêves » et j’ai compris que c’est cette mine d’or là qu’il fallait que je trouve.

Il a depuis lancé un EP, Bigger Dreams en 2021 et un album d’une honnête brute intitulé In Search of Gold en 2023. Mouraine travaille actuellement sur de nouvelles musiques qui devraient voir le jour vers la fin de 2024 et son désir de rester à Edmonton est porté par la diversité grandissante de la ville et de sa communauté hip-hop très inclusive, et c’est également pour ces raisons qu’il souhaite contribuer à bâtir l’infrastructure musicale de sa ville. « C’est chez moi ici et j’aime l’endroit d’où je viens », dit-il. « Le soutien d’organismes comme la SOCAN nous aide à sensibiliser les gens et à leur faire savoir qu’il y a d’excellents artistes ici. Ça aide grandement à faire connaître le hip-hop albertain au monde entier. »

 

80purppp

80purppp, release THE KRAKEN, video

Sélectionnez l’image pour faire jouer la vidéo YouTube de la chanson release! (THE KRAKEN) » de 80 purpp

L’objectif actuel de Nathan Oddoye, alias 80 purppp (une anagramme de A Dark Purple Peter Pan), est de créer de la musique qui fait évoluer sa proposition. Se qualifiant lui-même de décrocheur universitaire, il peut quand même se targuer de cumuler des millions d’écoutes sur Spotify ainsi qu’une chanson, « Hex », certifiée Or sur YouTube avec au moins 35 millions de visionnements. Il vient tout juste de lancer le simple « release! (The KRAKEN) » et il affirme que sa conception de lui-même entant que musicien a beaucoup évolué depuis qu’il a commencé à lancer de la musique.

« Je suis très inspiré par l’orchestration et la musique classique », dit 80 purppp avant d’expliquer qu’il a commencé à jouer du piano juste après que ses parents se soient installés au Canada après avoir quitté le Royaume-Uni. « J’utilise ma voix comme un instrument et ça va être de plus en plus évident à mesure que j’évolue. Je ne me retiens plus autant qu’avant. Je me considérais plus comme un rappeur, avant, et je chantais de temps en temps. Maintenant, je considère simplement ma voix comme un instrument avec lequel j’expérimente. »

Grand amateur d’animé, il étend sa créativité au-delà de l’univers de la musique. « Je suis en train d’écrire un scénario », ocnfie-t-il. « C’est vaguement en lien avec mon album, mais ça n’est pas une transposition. Ils appartiennent au même univers, un peu comme un “spin-off”. »

80 purppp affirme que les auditeurs pourraient être surpris par les simples qu’il se prépare à lancer au cours du printemps 2024. « Y a des notes de hip-hop, mais y a aussi des touches de R&B alternatif, des relents d’alternatif et d’indie et des guitares », dit-il. « J’ai aussi commencé à incorporer des sons que j’aime qui viennent de la musique, de l’histoire et de la culture du Japon. Au niveau des sonorités, je vais puiser dans des sources qui surprendront un peu les gens, je pense. C’est exactement ça qu’on veut. J’ai envie d’emmener les gens en voyage avec moi. »

 

Avenoir

Avenoir, LINK UP, video

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Pas facile de trouver quelques minutes pour jaser avec Avenoir, alias Caleb Odidi, l’artiste qui nous a donné le mini-album NOIRE en 2023 et des chansons voluptueuses comme « TMW » et « TRACK 02 (Dangerous Lover) ». Il nous a accordé un peu de son temps alors qu’il se trouvait à Toronto pour la création d’une parution à venir. Pendant son séjour dans la Ville Reine, il a été inspiré par l’infrastructure musicale et l’esprit de collaboration de la ville et il espère pouvoir recréer tout ça en Alberta.

« L’Alberta regorge de nouvelles sonorités, mais Toronto a l’infrastructure et il y a beaucoup d’histoire derrière la musique et la culture, ici », dit-il. « Tout est très bien défini. J’aimerais mettre l’Alberta de l’avant pour que la province ait sa propre infrastructure. J’aimerais évidemment que ma musique contribue à bâtir tout ça. J’aimerais aussi que les gens collaborent plus et n’aient pas peur de travailler ensemble. »

L’artiste originaire d’Afrique du Sud et qui a grandi en Alberta cite des artistes comme Sade et Frank Ocean comme influences sur son écriture et le piano est pour lui un outil indispensable quand vient le temps de créer de la musique. « J’ai d’abord été pianiste », explique-t-il. « Quatre-vingt-dix pour cent de mes idées viennent au piano. J’ai une idée sur de chanson que je veux faire et je note des exemples de langage figuratif qui vont m’aider à transmettre ce message pour que quand vient le temps de m’assoir et commence à écrire, je pige dans toutes ces bribes. “After Hours” et ma toute première chanson, “TMW”, ont été les plus faciles à écrire. Pour les autres, il faut que je prenne des petites pauses avant d’y revenir, mais ces deux-là sont venues très naturellement. »

Avenoir nous confie par ailleurs que ses nouvelles créations évoluent elles aussi de manière naturelle. « Mon EP s’articulait autour de pistes de voix R&B sombres, mystérieuses et dénudées », explique l’artiste. « Des “vibes” plutôt acoustiques. Mon album va être plus entraînant. Ça va être une “vibe” plus R&B classique. Il va encore y avoir des influences du côté plus sombre du R&B, mais ça ne sera pas aussi planant qu’avant. »

 

EB3N

EB3N, Uninvited, video

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“L’Alberta a une palette unique d’artistes très variés comme moi-même, Avenoir, Ardn, Frvrfriday, Tdott, Tona Glover, Kavi, Yetsho et bien d’autres. Avoir autant d’artistes de qualité autour de toi crée une saine compétition et on se pousse mutuellement à être toujours meilleurs », explique EB3N. « La météo très intense de nos hivers a aussi une influence sur notre son et notre identité, tout comme notre communauté noire qui grandit rapidement. L’Alberta devient tranquillement un “melting pot” culturel qui a une influence sur notre musique. »

Né à Antigua de parents ghanéens et élevé en Alberta, EB3N (alias Eben Kweku Parry) a grandi au son de la musique religieuse africaine, ce qui a grandement influencé son flow, son sens du rythme et l’expressivité de son travail. « J’ai aussi grandi avec deux grandes sœurs qui écoutaient Chris Brown, Omarion, Usher, Tyler the Creator, Frank Ocean, Kanye, The Weeknd et Drake », poursuit-il. « Envieillissant, j’ai diversifié mes horizons musicaux en écoutant des artistes comme Bryson Tiller, Brent Faiyaz, Daniel Caesar, PARTYNEXTDOOR et Tory Lanez. Je regardais tout le temps BET quand j’étais jeune et je voulais danser comme Chris ; il a toujours été une grande source d’inspiration. »

À l’instar de ses pairs, la COVID-19 a été un moment charnière pour cet ancien joueur de soccer. « J’ai toujours eu un don pour le rythme et pour créer des flows ; je ressens la musique à un niveau différent », confie EB3N. « Malgré tout, je n’avais jamais pris la musique au sérieux avant que la COVID arrête tout. J’ai commencé à apprendre le piano par moi-même et aussi comment contrôler ma voix. J’ai décidé de réserver une séance en studio pour créer ma toute première chanson. Les gens de ma ville l’ont vraiment aimée et mes amis et ma famille en revenaient pas que c’était moi qu’ils entendaient. C’est à ce moment-là que j’ai su que j’allais toujours faire de la musique. Il n’y a pas de “feeling” comme ça et je vais continuer à le poursuivre toute ma vie. »

En janvier 2024, EB3N a lancé « Sing Something » et il continue à écrire de nouvelles chansons avant, l’espère-t-il, de partir en tournée. Il accepte avec bonhommie les défis et les sacrifices qui viennent avec le fait d’être un artiste indépendant. « Je n’ai pas toujours le luxe de pouvoir faire tout ce que je voudrais », avoue-t-il. « Il faut que je fasse certains sacrifices, comme de rester dans une ville que je connais pas parce que j’ai l’impression qu’il faut que je passe par là pour évoluer. En fin de compte, tout est une question de faire confiance à son instinct. Si tu crois que tu dois faire quelque chose parce que tu vas en bénéficier, il faut que tu fasses confiance à ton art et ta raison d’être. Les choses n’iront pas toujours comme tu voudrais et les gens ne vont pas toujours recevoir ta musique de la façon dont tu le pensais, mais je ne laisserai jamais tout ça me décourager et m’empêcher de continuer à créer. »